Lors d’un entretien au Forum économique mondial à Davos avec Larry Fink (BlackRock), Jensen Huang, fondateur et PDG de Nvidia, a comparé l’intelligence artificielle à une infrastructure nationale fondamentale, au même titre que l’électricité ou les routes. Pour illustrer cette vision, il a décrit l’écosystème IA comme un « gâteau à cinq couches », et a plaidé pour des investissements massifs et une montée en compétences rapide des pays et des entreprises.

Quatre mots sur le « gâteau à cinq couches »

Selon Jensen Huang, l’édifice technique et économique de l’IA s’organise en cinq étages interdépendants : l’énergie, les puces et l’infrastructure de calcul, les centres de données cloud, les modèles d’IA, enfin la couche applicative. Chacune de ces couches doit être construite et exploitée pour que l’ensemble fonctionne et livre des bénéfices concrets.

  • Énergie : approvisionnement et puissance nécessaires pour alimenter les centres de calcul.
  • Puces et infrastructure de calcul : matériel spécialisé et systèmes de refroidissement.
  • Centres de données cloud : lieux physiques d’hébergement et d’exploitation.
  • Modèles d’IA : algorithmes et modèles de grande échelle qui fournissent les capacités d’inférence.
  • Applications : intégration de l’IA dans la santé, la finance, la manufacture, etc.

Emploi et productivité : une transition qui crée des besoins

Jensen Huang a insisté sur le fait que cette transition de plateforme génère des emplois à différents niveaux : de la construction des centres de données aux techniciens réseaux, en passant par les spécialistes de l’exploitation des infrastructures et les développeurs d’applications industrielles. Il a avancé que les plus grands gains économiques apparaîtront au sommet, là où l’IA est intégrée dans des secteurs comme la santé, la finance et la manufacture.

Il a fourni des exemples concrets : dans l’imagerie médicale, l’IA accélère la lecture des examens, ce qui libère du temps pour les radiologues et, paradoxalement, accroît la demande pour ces spécialistes. Dans le domaine des soins infirmiers, l’automatisation de tâches administratives (citant des solutions telles que Abridge) permettrait de réduire la charge documentaire et d’améliorer la capacité des équipes à soigner. Huang soutient que l’augmentation de la productivité peut conduire à davantage d’embauches là où la demande de soins est forte.

Un appel à bâtir des capacités nationales

Autre volet de son message : chaque pays devrait développer sa propre capacité IA, adaptée à sa langue et à sa culture, et inclure l’IA dans ses infrastructures nationales. Il a aussi estimé que la robotique et la « physical AI » représentent une opportunité générationnelle pour les pays disposant d’une base industrielle solide, et a souligné le rôle du capital‑risque dans la dynamique actuelle : il a rappelé que 2025 a été une année record pour les investissements en capital‑risque, avec plus de 100 milliards de dollars dirigés majoritairement vers des entreprises « IA‑natifs ».

Enfin, Huang a mis en avant l’accessibilité rapide des outils d’IA et a appelé à développer l’alphabétisation IA : savoir diriger, encadrer et évaluer des systèmes intelligents deviendrait une compétence de base, comparable à des compétences managériales ou numériques.

Conséquences et limites

Ce diagnostic implique plusieurs conséquences pour les acteurs publics et privés : planification énergétique, formation de main‑d’œuvre qualifiée, régulation de l’intégration sectorielle et soutien aux investissements industriels. Il suppose aussi une attention aux inégalités d’accès et à l’adaptation culturelle des modèles.

Ce qui reste à confirmer : les prédictions sur la création nette d’emplois, l’ampleur exacte des gains de productivité et la répartition géographique des investissements reposent sur des estimations et des projections ; leur réalisation dépendra des choix politiques, des régulations et des capacités d’investissement des pays.

À retenir

  • Jensen Huang a présenté l’IA à Davos comme une infrastructure nationale structurée en cinq couches interdépendantes.
  • Il affirme que la montée en puissance de l’IA crée des besoins d’emplois très divers, de la construction aux développeurs d’applications.
  • Des exemples dans la santé montrent comment l’IA peut augmenter la productivité et modifier la demande de spécialistes.
  • Huang appelle chaque pays à développer une capacité IA adaptée à sa langue et sa culture et à investir massivement.
  • Les effets exacts sur l’emploi et la distribution des gains économiques restent à confirmer et dépendent de décisions politiques et d’investissement.

Article amélioré avec l'IA - Article original