Bien que les réseaux sociaux constituent des vecteurs de communication efficaces pour s’informer ou échanger avec ses pairs, il n’en demeure pas moins que beaucoup d’enfants et d’adolescents s'abandonnent à un usage excessif sans en mesurer la gravité des impacts neurologiques. C’est alors l’occasion d’analyser ce que cette surexposition engendre sur nos comportements, ainsi que sur le fonctionnement de notre cerveau.
Les réseaux sociaux présentent de nombreux aspects positifs portés par plusieurs facteurs. On peut en citer quelques-uns : l’adolescent peut s'intégrer dans une communauté qui lui ressemble, à l'image des groupes LGBTQI+. C’est aussi un moyen, pour les personnes en situation de handicap, de se retrouver, d’échanger et de s’identifier à autrui. Ce sont des outils pertinents qui permettent de rester connecté à ses proches tout en s’informant sur l’actualité. De plus, ces supports offrent des affirmations positives à travers des publications motivantes et réconfortantes au quotidien. Cependant, ces contenus sont parfois moins présents que les publications négatives, lesquelles peuvent pousser à la haine, à la dévalorisation, voire au suicide. En effet, la pluralité des utilisateurs va de pair avec une massivité de contenus, qu'ils soient bénéfiques ou néfastes. C’est précisément cette abondance qui expose les jeunes à l'extrême, à l'inapproprié et à la malveillance.
L'écran : un miroir faussé pour la jeunesse
Comme nous l’avons vu, les réseaux sociaux présentent une masse de contenus mêlant le positif et le négatif. Cependant, ce sont bien les publications néfastes poussant à la haine, au suicide, au harcèlement ou à la dévalorisation qui influencent le plus les jeunes. Alors qu'ils traversent une période où leur cerveau se construit, cette exposition excessive aux réseaux sociaux façonne leur confiance en soi. Selon le porte-parole de la santé publique aux États-Unis, le Surgeon General, 46% des 13-17 ans affirment que les réseaux sociaux nuisent à leur bien-être, contre seulement 14% qui disent se sentir mieux. Pour un grand nombre, il s'agirait donc d'un espace où ils ne se sentent ni valorisés, ni respectés, ce qui fragilise leurs interactions sociales. Ils finissent par percevoir les critiques subies ou les jugements dont ils sont les acteurs passifs comme une vérité absolue.
Un temps d'écran conscient, un sommeil vaillant
Ces jeunes sont à la recherche de contenus qui leur ressemblent et les valorisent afin de pouvoir s’identifier et se reconnaître dans ce qu’ils suivent. Cette recherche de contenus plaisants et à leur demande est précisément ce qui nourrit les algorithmes. En proposant des publications qui répondent continuellement à leurs goûts, ils les enferment dans une boucle de consommation. De nombreuses études ont montré qu’il y a une corrélation entre cette utilisation excessive et un sommeil altéré. Comme le souligne Michael Rich, spécialiste au Center on Media and Child Health, l'important n'est pas le temps que l'on passe devant les écrans, mais bien la raison pour laquelle on les utilise, car c'est précisément cela qui impactera le développement du cerveau. En effet, sur les réseaux sociaux, on peut se divertir, mais aussi s'informer, voire travailler. Et c’est lorsque l’on donne du sens à ce temps d’écran que l’on comprend la valeur du sommeil. Un sommeil qui permet de libérer le cerveau, souvent surnourri par un flux numérique quotidien.
Entre flux d’information et lumière bleue: le cerveau se fragilise
Le sommeil ne sert pas uniquement à soulager la charge numérique subie durant la journée. Il permet aussi de préserver un espace essentiel : ce « vide » que les réseaux sociaux tentent sans cesse de combler. Nous n’en avons peut-être pas conscience mais il est bénéfique. Il est la source de la créativité, de l'imagination et, bien évidemment, de l’attention. En nous privant de ces moments sans stimuli, l'écran freine le développement de ces facultés.
Mais ce temps de pause qui permet de structurer ses “pensées” n’agit pas seulement sur le comportement de l’ado, il agit aussi sur les capacités de stockage du cerveau. La nuit, le cerveau doit avoir un temps pour trier, traiter et ordonner les informations de la journée. Si ce processus est négligé, c’est toute l’attention en classe qui en pâtit. Mais le danger ne vient pas seulement du contenu : le support lui-même est en cause. En effet, la lumière bleue dégagée par les écrans freine la sécrétion de mélatonine, une hormone qui guide le cerveau pour aller dormir. (Harvard Medical School, 2019). Cela prouve que l’impact est double : il est à la fois psychologique, par le flux d'informations, le contenu à la demande, et biologique, par la nature même de l'objet.
Une autre hormone entre en jeu dans le cerveau, mais cette fois-ci pour récompenser ce temps d’écran voire même l'encourager. Il s'agit de la dopamine, l’hormone du plaisir. Selon la scientifique Dr Karat Bagnot, le smartphone procurerait un plaisir qui stimulerait le dégagement de dopamine “ il y a donc plus de chance qu’on agisse impulsivement et qu’on utilise les réseaux sociaux de façon compulsive, que par exemple, s’occuper de soi.” Ce plaisir nous pousserait donc à rallonger ce temps d’écran tout en négligeant son propre bien être, qui passe avant tout par la relation avec soi et non l’écran.
Activités culturelles, sportives et sensibilisation : les remèdes face à l'addiction
En France, selon l’Académie des sciences, il est primordial d’éveiller chez les enfants une « conscience réflexive » sur leur relation aux écrans et aux mondes virtuels. L’enfance et l’adolescence sont des étapes cruciales durant lesquelles le cerveau, en plein développement, s'avère particulièrement vulnérable face à une exposition excessive. C’est précisément sur ce point que les adultes peinent à responsabiliser les plus jeunes, faute d’une sensibilisation suffisante.
Si l'éducation au numérique commence au sein de la famille, elle ne doit pas s'arrêter aux portes du foyer. Au contraire, cette démarche doit devenir collective à travers des ateliers réflexifs, des rencontres et des débats sur les dangers de la connexion sans limite. Cependant, cette transition ne sera pérenne que si les adolescents trouvent dans les activités culturelles et sportives des leviers pour se détacher de l’emprise des réseaux. Ces alternatives sont les seules capables de briser ce « confort néfaste » où ils s'enferment aujourd'hui.
Sources:
- L'enfant et les écrans (Avis de l'Académie des sciences) Janvier 2013
- « C'est une génération perdue » : l'addiction des enfants aux réseaux sociaux au coeur d'un procès-fleuve aux Etats-Unis | Les Echos
- Screen Time and the Brain | Harvard Medical School
- Addictive potential of social media, explained
- Social Media and Youth Mental Health: The U.S. Surgeon General's Advisory (executive Summary)
Article par Kenza Mellouani