L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) prévient qu’une transition technologique n’a de valeur que si les agents publics disposent des compétences nécessaires. Dans son rapport « Building an AI‑ready public workforce », l’OCDE place l’humain avant la technique et propose une feuille de route centrée sur la gouvernance, la formation et la culture organisationnelle pour tirer parti de l’intelligence artificielle dans le secteur public.

Pourquoi la formation est au cœur de la transformation

Selon l’OCDE, l’IA peut automatiser des tâches routinières (classement de documents, traitement des demandes, contrôles de prestations) et libérer du temps pour des missions à plus forte valeur ajoutée. L’exemple cité est celui de l’agence sociale finlandaise Kela, qui aurait réduit l’équivalent de 38 années‑plein grâce à un système de classement automatique des documents. Mais sans capacités internes pour déployer, contrôler et réguler ces outils, le bénéfice attendu risque de rester limité.

La clef n’est donc pas seulement technologique : il s’agit de faire évoluer compétences individuelles et pratiques organisationnelles pour que l’innovation devienne une capacité durable et non une dépendance ponctuelle à des prestataires externes.

Gouvernance, risques et réponses concrètes

L’OCDE met en garde contre l’usage non encadré des générateurs de texte et autres outils génératifs. En l’absence de règles internes et de contrôles, des risques majeurs se posent en matière de protection des données et de responsabilité. Face à ces dangers, plusieurs réponses sont mentionnées : guides internes, formations adaptées, hébergement local de modèles et programmes temporaires mêlant public et privé.

  • Hébergement local : l’exemple du gouvernement local de Gladsaxe (Danemark) qui exploite un grand modèle de langage auto‑hébergé est cité comme une piste pour mieux maîtriser les flux et la confidentialité.
  • Programmes mixtes public‑privé : des dispositifs temporaires de transfert de compétences, tels que beta.gouv et les Presidential Innovation Fellows, permettent d’apporter des expertises externes tout en favorisant l’apprentissage interne.
  • Initiatives d’expérimentation : des accélérateurs d’expérimentation soutiennent les agents publics pour tester des usages concrets et diffuser les retours d’expérience en interne.

Quelles compétences pour quelles fonctions ?

Plutôt qu’une suppression massive d’emplois, l’OCDE estime que l’IA redessinera les profils professionnels. Le rapport propose trois niveaux d’action pour le renforcement des compétences :

  • Formation de base pour l’ensemble des agents : littératie numérique et compréhension responsable des outils d’IA.
  • Compétences stratégiques pour les dirigeants : capacité à évaluer la valeur et les risques de l’IA pour orienter les politiques publiques.
  • Expertise technique pour les spécialistes : développement, déploiement et gouvernance des systèmes, ainsi que conformité éthique et réglementaire.

L’OCDE attire l’attention sur le danger d’une externalisation massive des compétences : recourir systématiquement à des prestataires peut affaiblir le contrôle et la responsabilité de l’administration. L’objectif préconisé est d’« intérioriser » ces savoirs pour garder la maîtrise des enjeux.

Ce que cela change pour nous

Pour les administrations, cela implique plusieurs changements concrets : rendre la formation obligatoire et adaptée au contexte opérationnel, privilégier la formation pratique et en situation de travail, mesurer les résultats des actions de montée en compétences et favoriser une culture de l’expérimentation. L’OCDE note que la réglementation, comme l’AI Act européen, tend déjà à imposer des obligations de compréhension et de gouvernance des outils d’IA pour les organisations publiques.

Les responsables devront piloter le changement, aligner stratégie technique et stratégie de ressources humaines, et partager rapidement les retours d’expérience pour généraliser les bonnes pratiques au niveau national.

Ce qui reste à confirmer : la portée précise des mesures recommandées par l’OCDE et leur calendrier dépendront des choix nationaux et des modalités d’application des textes réglementaires. De même, l’efficacité comparée des approches (hébergement local de modèles versus solutions externes sécurisées) demandera des évaluations empiriques supplémentaires dans différents contextes administratifs.

À retenir

  • L’OCDE souligne que sans agents publics formés, l’IA ne transformera pas durablement l’administration.
  • Le rapport préconise gouvernance, formation obligatoire et culture d’expérimentation plutôt que seule adoption technologique.
  • Trois niveaux de compétences sont proposés : de la littératie pour tous à l’expertise technique pour les spécialistes.
  • Des initiatives pratiques existent (hébergement local, programmes mixtes, accélérateurs d’expérimentation) mais leur généralisation reste à évaluer.
  • Les dirigeants publics doivent piloter l’alignement entre stratégie technologique et développement des compétences.

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