Shea Gopaul, représentante permanente auprès de l'ONU de l'International Organisation of Employers (IOE), plaide pour un usage immédiat et pragmatique de l'intelligence artificielle afin d'améliorer les conditions de travail. Dans une intervention présentée par Planet Classroom, elle insiste sur des « victoires rapides » accessibles aujourd'hui plutôt que sur des promesses à long terme.

Des actions concrètes pour gagner du temps et rapprocher l'offre de la demande

Selon Mme Gopaul, l'IA peut d'abord produire des gains rapides en automatisant les tâches administratives répétitives dans des secteurs comme la santé, l'éducation et les services publics. Il s'agirait de libérer du temps humain pour des activités à plus forte valeur ajoutée, ce qui bénéficierait aussi bien aux usagers qu'aux professionnels.

Autre levier immédiat : le recours à des systèmes d'IA pour mieux jumeler offres d'emploi et compétences. En combinant prévisions de compétences et outils de mise en relation, ces systèmes peuvent accélérer l'insertion des jeunes et réduire les délais de recrutement, à condition d'être conçus pour limiter les biais.

Réinventer la formation : court, intensif et partagé

Pour préparer ces transitions, Gopaul propose de modifier les modèles d'apprentissage traditionnels. Elle recommande des programmes de formation courts, de l'ordre de trois à six mois, hybrides (mêlant présentiel et distanciel) et intensifs, afin d'offrir des parcours rapides d'employabilité.

Elle plaide aussi pour des dispositifs mutualisés : des « apprentissages partagés » où plusieurs PME financent ensemble la formation de talents, et des grands groupes qui forment davantage de personnes que nécessaire pour qu'une partie de ces compétences irrigue leurs chaînes d'approvisionnement. L'objectif est d'augmenter la capacité de formation du tissu économique sans faire peser seul le coût sur les petites structures.

Gouvernance, responsabilité et inclusion numérique

Sur la gouvernance des outils d'IA, Gopaul fixe plusieurs exigences opérationnelles : clarification des responsabilités à chaque étape du cycle de vie d'un outil, définition d'indicateurs de performance permettant de suivre l'équité, la confidentialité et l'impact, mise en place d'audits externes et communication transparente auprès des salariés sur l'usage des systèmes.

Elle appelle à des partenariats multilatéraux associant États, grandes entreprises technologiques, travailleurs et PME, afin d'élaborer des règles et des pratiques partagées. Par ailleurs, elle souligne la nécessité de relier la formation aux budgets climatiques pour développer des « compétences vertes et bleues » susceptibles de soutenir la transition écologique.

Enfin, Gopaul tire la sonnette d'alarme sur la fracture numérique : environ 2,6 milliards de personnes restent hors ligne, ce qui rend indispensable l'accès universel à Internet pour garantir que les bénéfices de l'IA soient répartis équitablement.

Ce que cela change pour les salariés et les entreprises

  • Pour les salariés : moins de tâches administratives routinières et davantage d'opportunités d'acquérir des compétences ciblées via des formations courtes.
  • Pour les PME : un accès collectif à la formation et la possibilité de bénéficier des compétences développées par de plus grandes entreprises au sein des chaînes d'approvisionnement.
  • Pour les décideurs : la nécessité d'établir des indicateurs de conformité et d'équité, et d'encadrer les responsabilités autour des systèmes d'IA.

Ce qui reste à confirmer

Les propositions de Shea Gopaul dessinent une feuille de route pratique, mais plusieurs points demandent des précisions supplémentaires ou une validation opérationnelle : qui financera précisément les dispositifs mutualisés de formation, quels standards d'audit externe seront retenus, et quels calendriers nationaux permettront d'étendre l'accès à Internet aux populations non connectées. De même, l'ampleur et le mode de coordination entre États, entreprises technologiques et acteurs locaux restent à préciser pour passer de l'idée à la mise en œuvre.

À retenir

  • Shea Gopaul plaide pour des « victoires rapides » de l'IA : automatisation des tâches répétitives et meilleurs outils de jumelage emploi-compétences.
  • Elle défend des formations courtes (3–6 mois), hybrides et des dispositifs mutualisés pour soutenir PME et jeunes demandeurs d'emploi.
  • La gouvernance doit clarifier les responsabilités, définir des indicateurs d'équité et prévoir des audits externes.
  • L'accès universel à Internet est indispensable pour éviter une transition numérique inéquitable : environ 2,6 milliards de personnes restent hors ligne.
  • Technologie, protection sociale et gouvernance inclusive doivent progresser ensemble pour créer des emplois dignes et durables.

Article amélioré avec l'IA - Article original